Parmi les équipes parties à Crans-Montana après l’incendie dans la place bondée de filles et de garçons se trouvaient également des psychologues urgentistes. Dans les lancements d’agences et dans les reportages télévisés, ils sont apparus parmi les ambulances, la protection civile et les forces de l’ordre.
Pour ceux qui passent des heures interminables dans une salle d’attente, sans certitude sur le sort d’un enfant, d’un ami, d’un camarade de classe, leur présence peut changer radicalement la qualité de ce temps suspendu et l’effet à long terme de ce traumatisme.
Cet article les concerne : ceux qui travaillent en première ligne de la douleur, à une époque où l’actualité est encore d’actualité, l’actualité est fragmentaire et le traumatisme n’a pas eu le temps de « s’installer » dans la vie des gens.
Voyons donc qui est le psychologue (ou psychologue) urgentiste, ce qu’il fait concrètement dans des situations comme celle de Crans-Montana et pourquoi il ne se limite pas à « consoler », comme pourrait le suggérer le bon sens, mais construit, au milieu du chaos, un cadre de sécurité émotionnelle.
Qui est le psychologue d’urgence (ou psychologue).
Imaginez arriver sur les lieux d’un drame comme l’incendie de Crans-Montana : des flammes, de la fumée, des sirènes, des gens qui courent, des familles qui recherchent leurs proches parmi les disparus. Dans ce tourbillon, il n’y a pas seulement des médecins qui soignent les blessures physiques, mais aussi des psychologues formés spécifiquement pour ce contexte.
En Italie, ils travaillent en réseaux avec la protection civile, les soins de santé et les forces de l’ordre, activés par des protocoles nationaux ; ce sont des bénévoles qui font partie d’un système organisé en associations.
Les psychologues urgentistes sont en fait des professionnels ayant une formation spécifique pour les crises aiguës : catastrophes naturelles, accidents graves, incendies, attentats ou épidémies.
Sur le terrain, ils apparaissent vêtus de dossards haute visibilité, de cartes d’identité et de radios à coordonner avec le centre d’opérations.
Ils peuvent opérer dans des tentes improvisées, des salles d’attente, des couloirs d’hôpitaux, des parkings. Ils bougent avec des postures ouvertes (mains visibles, voix calme), pour ne pas amplifier le chaos.
Dans ces situations, le mandat est d’offrir une écoute empathique, de contenir le choc, d’aider à normaliser les réactions comme la peur, la colère ou la culpabilité et de rétablir un minimum d’orientation dans un monde qui semble soudain sens dessus dessous.
En ce sens, les psychologues d’urgence créent un espace de présence stable qui rétablit un sentiment de contrôle et de sécurité.
Après l’incendie du 1er janvier 2026 au bar Le Constellation, les équipes psychologiques sont reparties immédiatement : elles ont opéré en Suisse, dans les hôpitaux de Zurich puis à leur retour en Italie, dans les écoles milanaises touchées par le deuil.
Ils ont soutenu les familles dans les moments d’incertitude, ont aidé les autorités à communiquer des nouvelles difficiles comme l’identification des victimes, ont soutenu les blessés et les témoins.
Réactions psychologiques typiques dans les premières heures
Dans les premières heures qui suivent un événement comme Crans-Montana, le cerveau passe en « mode survie » : gel (paralysie, regard vide), fuite (course agitée à la recherche de nouvelles) ou combat (cris, poussée contre les barrières).
Il est normal de trembler, d’avoir des sueurs froides, d’avoir des nausées ou un sentiment d’irréalité (« Je rêve »), ainsi que d’osciller entre le déni (« ça ne peut pas être lui ») et la colère généralisée (« pourquoi tu ne fais pas quelque chose ?! »).
Les psychologues reconnaissent ces signaux comme adaptatifs : le corps se protège pour se protéger et intervient en expliquant et en normalisant pour créer un pont vers la réalité.
Premiers secours psychologiques
Les psychologues urgentistes n’improvisent pas. Ils suivent des protocoles et des approches internationales validées par les institutions et organisations de santé. Ces protocoles s’appuient par exemple sur une écoute non intrusive, une présence attentive et des actions ciblées, comme orienter les personnes (où aller, qui contacter) pour rétablir la stabilité émotionnelle initiale, les connecter à leurs ressources internes et à leurs soutiens externes.
À Crans-Montana, cela signifiait concrètement aider les familles à faire face à l’attente fragmentée des nouvelles, normaliser le chaos émotionnel et préparer le terrain pour tout processus de deuil futur.
Mais le psychologue urgentiste ne s’occupe pas uniquement des victimes. En fait, un aspect à ne pas sous-estimer est également la protection de ceux qui interviennent sur le terrain pour porter secours : les pompiers, les ambulanciers et les forces de l’ordre, des personnes exposées à plusieurs reprises à des scènes déchirantes qui risquent ce que l’on appelle le « traumatisme indirect » ou l’épuisement secondaire.
Selon une étude, ceux qui travaillent dans des opérations de sauvetage ont un risque accru de 30 % de développer une dépression et de faire des tentatives de suicide. C’est pourquoi les psychologues peuvent procéder à des débriefings pour relâcher immédiatement les tensions et surveiller les signes avant-coureurs. Ceci est utile non seulement pour préserver la santé des sauveteurs, mais aussi pour éviter que le traumatisme ne se propage, compromettant les interventions futures.
Pourquoi la psychologie d’urgence est importante
Assurer un soutien psychologique dès les premiers stades après une catastrophe n’est pas une intervention accessoire, mais une composante essentielle et reconnue de la réponse d’urgence.
Les revues d’études sur les premiers secours psychologiques et les interventions psychologiques précoces montrent, dans l’ensemble, une tendance à réduire les symptômes d’anxiété, de dépression, de stress post-traumatique et de détresse générale, et à améliorer les perceptions de sécurité, de contrôle et de connexion avec les autres.
Également au niveau économique, les analyses disponibles suggèrent que les interventions opportunes en matière de santé mentale dans les situations d’urgence peuvent être efficaces et présenter un bon rapport coût-bénéfice, car elles réduisent au fil du temps le fardeau des troubles non traités sur les systèmes de santé, le travail et l’école, même si les estimations précises du rapport coût-efficacité varient en fonction du contexte et du type de programme.
Un travail qui continue après l’urgence
L’intervention des équipes psychologiques est divisée en phases distinctes, pour maximiser l’efficacité.
- En phase aiguë (0-72 heures), comme dans les premières heures à Crans-Montana, le confinement prévaut : stabiliser le choc, donner la priorité aux personnes les plus fragiles ;
- La phase subaiguë (les semaines suivantes) déplace l’attention vers les groupes individuels de deuil et de soutien. Dans les classes milanaises, par exemple, des séances ont été organisées pour traiter la colère et la culpabilité ;
- Enfin, la reconstruction communautaire (des mois plus tard) : des rituels collectifs, des formations à la résilience, comme des ateliers pour enseignants et parents, qui renforcent les liens et évitent les « deuils compliqués ».
Cette progression empêche le traumatisme de se cristalliser et de s’intégrer pour faire partie de la croissance et de la résilience collectives.
Travailler aux premières lignes de la douleur, c’est toucher la vulnérabilité humaine à son extrême. C’est pourquoi la psychologie d’urgence est une aide essentielle dans les opérations de sauvetage.
Les tragédies continuent en effet, dans la vie des gens, au-delà des sirènes ; avec une aide qualifiée, les personnes et les communautés peuvent renaître plus fortes et unies.